Dans quoi investir avec un PER ? Fonds euros, unités de compte et gestion pilotée

Le Plan d'Épargne Retraite (PER) est souvent présenté par le prisme de ses avantages fiscaux et de la souplesse de sa sortie. Ces atouts, réels, ont déjà été détaillés par ailleurs. Mais une fois la décision de choisir un PER arrêtée, une question demeure, plus déterminante encore pour le capital constitué à terme : dans quoi place-t-on réellement son épargne ?

Un PER n'est en effet qu'une enveloppe. La performance finale ne dépend pas de l'enveloppe elle-même, mais des supports qui la garnissent et du mode de gestion retenu pour les faire évoluer dans le temps. Fonds en euros sécurisé, unités de compte plus dynamiques, gestion libre ou gestion pilotée à horizon : autant de paramètres qu'il convient de maîtriser avant de verser le premier euro.

PER assurantiel et PER bancaire : deux univers de supports

Le premier facteur qui détermine les supports accessibles est la forme juridique du plan. Le PER individuel peut en effet être souscrit sous deux formes distinctes.

Le PER assurantiel, de très loin le plus répandu et celui commercialisé par les assureurs et les courtiers en ligne, prend la forme d'un contrat d'assurance de groupe. Il donne accès à un fonds en euros et à un large éventail d'unités de compte. Le PER bancaire (ou compte-titres) prend, lui, la forme d'un compte-titres associé à un compte espèces : il permet d'investir en titres vifs, en fonds et en trackers, mais ne comporte pas de fonds en euros et n'offre pas le cadre successoral propre à l'assurance vie. En pratique, l'immense majorité des épargnants s'orientent vers un PER assurantiel, dont l'architecture financière est présentée ci-après.

Le fonds en euros : la poche sécurisée

Le fonds en euros constitue le support à capital garanti du contrat. Les sommes qui y sont investies ne peuvent, sauf frais, diminuer : les intérêts acquis chaque année sont définitivement engrangés grâce au mécanisme dit de l'effet cliquet. C'est le support de la sécurité, particulièrement pertinent à mesure que l'échéance de la retraite se rapproche.

Cette garantie a toutefois une contrepartie : un rendement modéré. Au titre de l'année 2025, le taux moyen servi par les fonds en euros s'est établi à 2,6 %, un niveau stable pour la troisième année consécutive. Les meilleurs contrats dépassent 3 %, certains atteignant 3,5 % à plus de 4 %, mais le plus souvent sous conditions (versement d'une part minimale en unités de compte, notamment). Il faut par ailleurs noter que de nombreux assureurs subordonnent désormais l'accès au fonds en euros, ou à son rendement bonifié, à une proportion minimale d'unités de compte dans le contrat.

Les unités de compte : le moteur de performance

Les unités de compte (UC) désignent l'ensemble des supports dont le capital n'est pas garanti. Leur valeur fluctue à la hausse comme à la baisse au gré des marchés, ce qui implique un risque de perte en capital, mais offre en contrepartie un potentiel de rendement supérieur sur le long terme. À titre de comparaison, la performance moyenne des unités de compte a atteint 4,7 % au titre de l'année 2025.

L'horizon d'un PER, généralement long puisqu'il court jusqu'à la retraite, se prête particulièrement à cette prise de risque mesurée. Les principales familles d'unités de compte accessibles sont les suivantes :

  • Les fonds d'investissement (OPCVM) : fonds actions, obligataires ou diversifiés, gérés activement par des sociétés de gestion.
  • Les ETF, ou trackers : fonds indiciels qui répliquent un indice boursier (CAC 40, MSCI World, etc.) à moindres frais.
  • L'immobilier : parts de SCPI et d'OPCI, qui permettent de diversifier vers la pierre-papier sans gestion directe.
  • Le non coté (private equity) : titres d'entreprises non cotées en Bourse, réputés plus risqués mais potentiellement plus rémunérateurs.
  • Les titres vifs : actions détenues en direct, selon les possibilités offertes par le contrat.
  • Les supports labellisés : fonds porteurs d'un label ISR ou France Finance Verte (Greenfin), pour une épargne orientée vers l'investissement responsable.

La logique de construction d'un portefeuille repose alors sur le dosage entre la poche sécurisée (fonds en euros) et la poche dynamique (unités de compte), en fonction de l'horizon de placement et de la tolérance au risque de l'épargnant.

Gestion libre ou gestion pilotée : qui décide de l'allocation ?

Choisir ses supports est une chose ; décider qui pilote leur répartition dans le temps en est une autre. Le PER propose classiquement deux modes de gestion.

La gestion libre

En gestion libre, l'épargnant sélectionne lui-même les supports parmi ceux disponibles au contrat et procède aux arbitrages qu'il juge opportuns. Ce mode offre une totale autonomie, mais suppose un minimum de connaissances financières et un suivi régulier des marchés.

La gestion pilotée à horizon

La gestion pilotée à horizon est le mode de gestion appliqué par défaut : sauf mention contraire et expresse du titulaire à la souscription, l'épargne y est affectée automatiquement. Son principe repose sur la désensibilisation progressive : l'épargne est majoritairement investie en unités de compte lorsque la retraite est lointaine, puis sécurisée graduellement vers des actifs à faible risque à mesure que l'échéance approche. L'épargnant n'a ainsi ni support à choisir ni arbitrage à réaliser.

La réglementation encadre cette mécanique en imposant, pour chaque profil, une part minimale d'actifs à faible risque selon l'horizon restant. Le contrat doit proposer au minimum trois profils, le profil « équilibré horizon retraite » s'appliquant par défaut.

Part minimale réglementaire d'actifs à faible risque selon le profil et l'horizon (grille indicative issue de l'arrêté d'application ; de nombreux contrats sécurisent plus vite que ce minimum).
Horizon avant la retraite Prudent Équilibré (défaut) Dynamique
Plus de 10 ans 30 %
De 10 à 5 ans 60 % 20 %
De 5 à 2 ans 80 % 50 % 30 %
Moins de 2 ans 90 % 70 % 50 %

Sont considérés comme actifs à faible risque, notamment, les engagements exprimés en euros, en euro-croissance ainsi que les obligations de court terme et fonds monétaires.

Ce qui a changé depuis le 30 juin 2026. En application de la loi relative à l'industrie verte, les grilles de gestion pilotée intègrent désormais une part minimale d'actifs non cotés, destinée à financer l'économie réelle (de l'ordre de 2 à 6 % pour le profil prudent, jusqu'à 5 à 12 % pour le profil dynamique, selon l'horizon). Un quatrième profil, « offensif horizon retraite », a par ailleurs été consacré, et le seuil de classement des actifs « à faible risque » a été resserré. Ces évolutions renforcent l'exposition des épargnants aux actifs de long terme, tout en maintenant la logique de sécurisation à l'approche de la retraite.

Construire son allocation : une affaire d'horizon et de frais

Il n'existe pas d'allocation universelle. Un épargnant à vingt ans de la retraite peut, sans imprudence, privilégier fortement les unités de compte pour capter le potentiel des marchés sur la durée ; à l'inverse, un épargnant à deux ans de la liquidation a tout intérêt à sécuriser l'essentiel de son capital. Le choix dépend aussi du mode de sortie envisagé, en capital ou en rente, et de la capacité de chacun à supporter les fluctuations de valeur.

Un dernier paramètre, trop souvent négligé, pèse lourdement sur la performance nette : les frais. Frais sur versement, frais de gestion annuels des unités de compte, frais d'arbitrage et frais de gestion pilotée diffèrent sensiblement d'un contrat à l'autre et grèvent le rendement année après année. À grille d'allocation comparable, un contrat aux frais réduits — comme on en trouve chez les acteurs en ligne — laissera davantage de capital à l'épargnant. Il est donc essentiel de comparer les supports proposés, les grilles de gestion et les niveaux de frais avant de souscrire le meilleur plan épargne retraite 2026 du marché.

Questions fréquentes

Peut-on placer 100 % de son PER sur le fonds en euros ?

C'est possible en gestion libre sur la plupart des PER assurantiels, à condition que le contrat l'autorise : certains assureurs imposent en effet une part minimale d'unités de compte. Une allocation intégralement sécurisée protège le capital, mais limite fortement le potentiel de rendement, ce qui peut se révéler pénalisant sur un horizon long.

Les unités de compte comportent-elles un risque de perte en capital ?

Oui. Contrairement au fonds en euros, les unités de compte ne bénéficient d'aucune garantie : leur valeur suit celle des marchés et peut baisser. Ce risque est la contrepartie d'un potentiel de rendement supérieur, qui se justifie d'autant mieux que l'horizon de placement est éloigné.

Quel mode de gestion s'applique si je ne choisis rien ?

À défaut de choix exprès à la souscription, l'épargne est gérée selon la gestion pilotée à horizon, dans le profil « équilibré horizon retraite ». L'allocation est alors sécurisée automatiquement à mesure que la retraite approche.

Peut-on changer de mode de gestion en cours de contrat ?

Oui. L'épargnant peut à tout moment basculer de la gestion pilotée vers la gestion libre, ou inversement, et modifier son profil de risque. Il convient toutefois de vérifier les éventuels frais d'arbitrage prévus au contrat.

Peut-on investir en SCPI ou en immobilier via un PER ?

Oui, dès lors que le contrat référence des parts de SCPI ou d'OPCI parmi ses unités de compte. L'immobilier constitue alors un axe de diversification intéressant, avec un couple rendement-risque distinct de celui des supports actions.

En définitive, le PER tire sa performance de ce que l'on y place bien plus que de l'enveloppe elle-même. Maîtriser la distinction entre fonds en euros et unités de compte, comprendre la logique de la gestion pilotée à horizon et rester attentif aux frais constituent les trois clés d'un plan réellement adapté à son horizon de retraite.

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