Filière du cannabidiol : les caractéristiques d’un marché atypique

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Une demande massive, une offre qui se structure, des perspectives intéressantes mais une incertitude juridique qui empêche toute visibilité à court terme. Le marché mondial du cannabidiol (CBD) brille par son atypisme. Explications…

CBD : analyse macroéconomique du marché mondial

Avec un chiffre d’affaires cumulé de plus de 3,5 milliards de dollars et un taux de croissance annuel à deux chiffres (+ 21,2 %) jusqu’à 2028, le marché mondial du cannabidiol brave l’incertitude juridique et poursuit sur l’élan que lui a donné la décision favorable de la Cour de Justice de l’Union Européenne en 2018. Rappelons que la CJUE s’était prononcée contre l’interdiction de la commercialisation des produits de CBD à moins de 0,3 % de THC au nom du principe de liberté de circulation des marchandises dans l’Union Européenne.

Cette décision historique avait « fondé » le marché européen du cannabidiol. Pour les agriculteurs et les producteurs, les débouchés se sont progressivement multipliés pour inclure la filière de la transformation, les grossistes, les semi-grossistes et les startups (R&D principalement), en plus de l’industrie pharmaceutique et textile et le bâtiment, le chanvre étant un excellent isolant.

Selon une étude réalisée par Grand View Research, le marché mondial du cannabidiol devrait doubler son chiffre d’affaires tous les cinq ans… une performance impressionnante lorsque l’on sait que le statut juridique de la substance est fragile dans la majorité des pays de l’OCDE. C’est le segment Business to Business (B2B) qui domine, puisqu’il a généré près de 60 % des revenus en 2020. Les acteurs les plus dynamiques de ce segment restent les grossistes de matières premières ou intermédiaires et les fabricants qui vendent des produits transformés de CBD pas cher  en gros à des détaillants (huiles, résines, crèmes cosmétiques, aliments, e-liquides de vapotage, chewing gum, boissons énergisantes au CBD, etc.).

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Le marché français du CBD : une demande massive mais incertaine

Le marché français du CBD brille par une demande massive, puisque l’Hexagone compte près de 7 millions de consommateurs réguliers ou occasionnels selon les chiffres de l’Interprofession des métiers du chanvre (Interchanvre). Cette demande massive dynamise toute la chaîne de valeur, mais les professionnels qui se trouvent le plus amont de la filière doivent composer avec une incertitude juridique latente.

Le 30 décembre 2021, un arrêté ministériel avait tout simplement interdit la commercialisation des feuilles et fleurs de CBD pur, suscitant l’ire des agriculteurs et autres producteurs. Trois semaines plus tard, le Conseil d’Etat prononcera la suspension provisoire de cette interdiction qu’il jugera « disproportionnée » et « injustifiée » au regard des éléments en sa disposition.

Plus récemment, l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) a annoncé la suspension du processus d’évaluation du CBD en vue de lui attribuer le statut de « Nouvel Aliment » (ou Novel Food). Pour les professionnels, ce statut aurait « verrouillé » la légalisation du cannabidiol, puisque les denrées estampillées « Novel Food » ne peuvent quasiment plus être interdits par les Etats membres de l’UE.

Les grossistes et semi-grossistes français bénéficient d’un avantage compétitif de taille en comparaison avec leurs homologues européens : la France accapare près de 60 % de la production européenne de chanvre cultivé, matière première dont est extrait le cannabidiol. La disponibilité de la matière première permet un approvisionnement sans interruption toute l’année à un coût compétitif (aussi bien pour la matière que pour le transport).

L’industrie pharmaceutique, acteur majeur de la filière

Le cannabidiol a commencé à susciter l’engouement de la communauté scientifique dès le début des années 2000. Portée par des études prometteuses, la molécule s’est très vite imposée dans le domaine de la R&D pharmaceutique, y compris en France.

En mars 2021, quelques mois après un communiqué de l’OMS expliquant que le CBD ne présentait pas de potentiel d’abus et n’était pas nocif pour la santé, le ministère de la Santé et des Solidarités a lancé une vaste expérimentation pour évaluer le potentiel thérapeutique du cannabidiol. Plus de 3 000 patients sont concernés par cet essai clinique d’envergure qui porte sur les neuropathies réfractaires aux traitements disponibles, les douleurs associées à certains cancers, les symptômes rebelles en oncologie, la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques et les soins palliatifs.

Les résultats de cette étude devraient être publiés au fil de l’eau à partir de 2023, avec là encore un impact sans doute décisif sur le marché du CBD.

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