Lorsqu'une personne est incarcérée en France, ses liens avec l'extérieur ne sont pas rompus. Courrier, visites, téléphone : plusieurs canaux restent ouverts, sous le contrôle de l'administration pénitentiaire. Le soutien financier fait partie de ces liens, et il obéit à des règles précises que beaucoup de familles découvrent au moment où elles en ont besoin.
Depuis 2019, une seule voie est admise pour faire parvenir de l'argent à un proche détenu : le virement bancaire. Encore faut-il être autorisé à le faire, renseigner correctement l'ordre de virement et savoir que la somme envoyée ne sera pas toujours intégralement disponible pour son destinataire.
Maintenir le contact avec une personne incarcérée
Avant d'aborder la question financière, il est utile de rappeler les moyens de communication dont disposent les personnes détenues et leurs proches.
- Le courrier. La personne détenue peut écrire et recevoir des lettres. Les correspondances sont susceptibles d'être lues et contrôlées par l'administration pour des raisons de sécurité, à l'exception de celles échangées avec l'avocat et certaines autorités, qui sont protégées. Aucune sanction disciplinaire ne peut supprimer le droit de correspondance.
- Les visites. Elles supposent un permis de visite. Pour une personne condamnée définitivement, il est délivré par le chef d'établissement ; pour une personne prévenue, c'est-à-dire en détention provisoire, il relève du magistrat en charge de la procédure. Une fois le permis obtenu, il faut réserver un créneau de parloir auprès de l'établissement. Les visiteurs sont soumis à des contrôles et à des restrictions sur les objets qu'ils peuvent apporter.
- Le téléphone. La plupart des établissements sont désormais équipés de téléphones fixes en cellule, qui ont largement remplacé les anciens points-phones en coursive. Les appels ne peuvent être passés que vers des numéros préalablement autorisés, ils sont payants et peuvent être écoutés et enregistrés, sauf ceux destinés à l'avocat.
Ces possibilités peuvent être restreintes selon le régime de détention, le statut de la personne (une interdiction de communiquer peut être prononcée en début de détention provisoire) ou son comportement.
Pourquoi un détenu a besoin d'argent
Contrairement à une idée répandue, la vie en détention a un coût. Les personnes détenues achètent en « cantine » une partie de leur alimentation, leurs produits d'hygiène, leurs timbres ou leurs magazines, à des prix souvent supérieurs à ceux de l'extérieur. Elles louent la télévision (environ 14 euros par mois) et, le cas échéant, un réfrigérateur (environ 7,50 euros par mois), et doivent alimenter leur compte téléphonique. Le coût de la vie en prison est couramment estimé autour de 200 euros par mois.
Le travail en détention, quand il est accessible, ne suffit pas toujours à couvrir ces dépenses, et une part importante de la population carcérale dispose de très peu de ressources. Le soutien des proches est donc souvent déterminant.
Personnes détenues sans ressources suffisantes. Lorsqu'une personne ne dispose d'aucun soutien et que ses ressources passent sous un seuil fixé par l'administration, elle peut être reconnue « sans ressources suffisantes ». Elle bénéficie alors d'une aide financière mensuelle modeste, complétée d'aides en nature (produits d'hygiène notamment) et d'un accès prioritaire au travail. Ce dispositif ne dispense pas la famille qui le peut d'apporter son aide.
Le compte nominatif : l'argent du détenu géré par l'établissement
Une personne détenue ne peut ni détenir d'argent liquide, ni utiliser son compte bancaire personnel pour ses dépenses en détention. À son arrivée, l'établissement pénitentiaire lui ouvre un compte nominatif, géré par la régie des comptes nominatifs de l'établissement. Toutes les sommes qui lui reviennent y sont inscrites : virements des proches, rémunération de son travail, pensions ou allocations éventuelles.
Ce compte est divisé en trois parts :
- la part réservée à l'indemnisation des parties civiles et des créanciers d'aliments, qui sert à dédommager les victimes et à régler, par exemple, une pension alimentaire impayée ;
- le pécule de libération, une épargne obligatoire remise à la personne à sa sortie pour l'aider à se réinsérer ;
- la part disponible, la seule que le détenu peut utiliser librement pour cantiner, louer du matériel ou, sur autorisation, envoyer de l'argent à l'extérieur.
Le seuil de 200 euros : combien arrive réellement sur la part disponible
C'est le point le plus souvent mal compris. Il n'existe pas de plafond général limitant le montant que l'on peut envoyer à un détenu. Il existe en revanche un seuil de 200 euros par mois en deçà duquel les sommes reçues sont considérées comme ayant un caractère alimentaire : elles sont alors versées en totalité sur la part disponible, sans aucun prélèvement.
Au-delà de 200 euros cumulés sur le mois, toutes origines confondues, la fraction excédentaire est répartie entre les différentes parts du compte :
| Fraction mensuelle des sommes reçues | Part parties civiles et créanciers d'aliments | Pécule de libération |
|---|---|---|
| Jusqu'à 200 € | Aucun prélèvement | Aucun prélèvement |
| De 200 à 400 € | 20 % | 10 % |
| De 400 à 600 € | 25 % | 10 % |
| Au-delà de 600 € | 30 % | 10 % |
Concrètement, si un proche vire 300 euros dans le mois, les 200 premiers euros vont intégralement sur la part disponible. Sur les 100 euros restants, 20 euros sont affectés à la part des parties civiles et 10 euros au pécule de libération : la personne détenue dispose donc de 270 euros. Le seuil d'exonération est porté à 400 euros pour le mois des fêtes de fin d'année.
Lorsque les parties civiles ont été entièrement indemnisées, ou qu'il n'y en a pas, et qu'aucun créancier d'aliments ne s'est manifesté, les règles de répartition sont assouplies au profit de la part disponible. La régie des comptes nominatifs de l'établissement peut renseigner sur la situation propre à chaque compte.
Qui peut envoyer de l'argent à un détenu
Les sommes envoyées de l'extérieur, appelées subsides, ne peuvent provenir que de personnes titulaires d'un permis de visite ou expressément autorisées par le chef d'établissement. Pour une personne prévenue, c'est le magistrat en charge du dossier qui peut s'opposer à la réception de subsides.
L'interdiction de recevoir des subsides de l'extérieur figure par ailleurs parmi les sanctions disciplinaires qui peuvent être prononcées contre une personne détenue, pour une durée maximale de deux mois.
La démarche : le virement bancaire, seul moyen admis
Le mandat cash de La Poste n'est plus accepté depuis le 1er janvier 2018. Le « mandat justice » qui l'avait provisoirement remplacé a lui-même été supprimé au 31 décembre 2018. Depuis le 1er janvier 2019, le virement bancaire est l'unique moyen d'envoyer de l'argent à une personne détenue. Les chèques, les mandats et a fortiori les espèces, y compris glissées dans un courrier ou remises au parloir, ne sont pas admis.
Les étapes du virement
- Obtenir le RIB de l'établissement auprès de sa régie des comptes nominatifs. Le virement n'est pas adressé au détenu lui-même mais au compte de l'établissement, qui l'affecte ensuite au bon compte nominatif.
- Émettre l'ordre de virement depuis votre banque, en agence ou en ligne, en indiquant comme bénéficiaire l'établissement pénitentiaire.
- Identifier la personne détenue dans la zone libre du virement (souvent appelée « motif », « libellé », « message » ou « référence » selon les banques) : son numéro d'écrou, son nom et son ou ses prénoms. Sans ces mentions, le régisseur ne peut pas attribuer la somme.
Le compte nominatif est généralement crédité dans un délai de deux à quatre jours ouvrés, un délai qui tend à se réduire lorsque les virements sont réguliers.
Les cas de rejet
Le virement est rejeté et renvoyé à l'émetteur notamment lorsque la personne détenue n'est pas autorisée à recevoir de l'argent, qu'il s'agisse d'une interdiction prononcée par le magistrat ou d'une décision du chef d'établissement, ou lorsque les informations d'identification sont absentes ou erronées. Les fonds qui ne respecteraient pas la réglementation, notamment ceux qui parviendraient par une voie non autorisée, s'exposent à être retenus.
Dans l'autre sens. Une personne détenue peut elle aussi faire parvenir de l'argent à un proche, sur autorisation, en prélevant sur sa part disponible. Là encore, le virement bancaire est le seul moyen utilisé. Le bénéficiaire doit donc disposer d'un compte bancaire ; à défaut, la Banque de France peut l'accompagner dans l'exercice du droit au compte.
Un débat ouvert sur les frais d'incarcération
La question de l'argent en détention fait l'objet d'un débat parlementaire récent. Le ministre de la Justice a annoncé au printemps 2025 sa volonté de rétablir une participation des détenus à leurs frais d'incarcération, supprimée en 2003. Une proposition de loi en ce sens, limitée aux personnes condamnées et prévoyant une contribution proportionnelle aux ressources et au patrimoine, a été examinée par la commission des lois de l'Assemblée nationale en juin 2025, et d'autres textes ont été déposés depuis. Ses opposants soulignent la précarité d'une large part de la population carcérale et les dépenses déjà supportées par les détenus. L'issue de ces débats pourrait, à terme, modifier l'équilibre du compte nominatif décrit plus haut.
Pour les règles pratiques de virement propres à un établissement (RIB, délais, horaires), le site du ministère de la Justice et la régie des comptes nominatifs de l'établissement restent les interlocuteurs de référence.
Questions fréquentes
Peut-on encore envoyer un mandat cash ou un chèque à un détenu ?
Non. Le mandat cash n'est plus accepté depuis 2018 et le mandat justice qui l'a brièvement remplacé a été supprimé à la fin de la même année. Depuis le 1er janvier 2019, seul le virement bancaire sur le compte de l'établissement est admis.
Existe-t-il un montant maximum à envoyer chaque mois ?
Il n'y a pas de plafond général. En revanche, seuls les 200 premiers euros reçus dans le mois (400 euros en décembre) sont intégralement versés sur la part disponible. Au-delà, une fraction est prélevée au profit des parties civiles et du pécule de libération.
Où trouver le numéro d'écrou ?
Le numéro d'écrou est attribué à la personne détenue à son arrivée dans l'établissement. Elle peut le communiquer elle-même à ses proches, par courrier, téléphone ou lors d'une visite. Il figure également sur le permis de visite et peut être demandé à l'établissement.
Combien de temps faut-il pour que l'argent soit disponible ?
Comptez en général deux à quatre jours ouvrés entre l'émission du virement et le crédit du compte nominatif. Le délai est souvent plus court pour les virements réguliers.
Faut-il un permis de visite pour envoyer de l'argent ?
En principe, oui : les subsides ne peuvent provenir que de titulaires d'un permis de visite ou de personnes autorisées par le chef d'établissement. Pour une personne en détention provisoire, l'accord du magistrat en charge du dossier conditionne la réception des sommes.
